[vimeo http://vimeo.com/62951100 ]

2012 // black &white // 16mm // sound // 55’30 // Greek (french and english subtitles)

camera & direction / quentin brière bordier

editing / maria kourkouta

sound / andré fevre

production / théâtre mega pobec

distribution / collectif jeune cinéma

Movie available to streaming on docalliance films

Next screening
3èmes journées Cinéma et Psychiatrie du Vinatier de Bron (69)
November 20 and 21 2013

Interview à propos du film parue dans le journal de la 23ème édition du Festival International de Cinéma (FID) Marseille 2012  [PDF] french only

Interview à propos du film parue dans le journal du 14ème Festival des Cinémas Différents de Paris 2012 – Prix du Jury – [PDF] french only

(english below)

Un vent violent génère les images. L’espace est hermétiquement clos. Corps muets devant le miroir. Chez le coiffeur, de petits gestes répétés tel un rituel avant une entrée en scène. Dans un présent fragile et indéterminé, les traces d’un monde passé se heurtent avec les visages marqués. La tempête se calme. Une lente léthargie engloutit la vie quotidienne : des gens mangent, chantent, jouent, se promènent dans l’espace dessiné ; vies freinées plongeant peu à peu dans l’aphonie du monde ordinaire, corps se balançant à l’orée du sommeil.

Puis, les hommes, un jour, se réveillent et traversent l’extérieur. Armés de gestes sages et de précieuses postures, ils assistent, souriant, à la gêne d’un monde catastrophé. L’événement a déjà eu lieu. Les derniers hommes se tiennent droits comme des arbres, éternels survivants, uniques témoins de la catastrophe de l’absence du monde dans le monde. De cette absence, constante et immuable, ces derniers hommes sauvent les images. »

Nikki Giannari – Ecrivaine grecque, voix off du film.

Le décor : l’hôpital psychiatrique d’Evreux à la veille de sa démolition. En guise d’introduction, un mouvement de travelling arrière, rapide et sec, traversant une fenêtre. Ainsi s’annonce le programme du film : aller du dehors vers le dedans, porté par le souffle du vent. Rebattant les cartes en déliant les images du son qu’il retravaille par une synchronisation partielle, Quentin Brière Bordier focalise toute son attention aux sonorités de la vie matérielle. Claquement des ciseaux du coiffeur, ronronnement du rasoir éléctrique, cliquetis des couverts, autant de présences sonores magnifiées par un somptueux noir et blanc. Exempt de parole, le film oppose au témoignage un regard attentif aux visages et aux gestes ritualisés de la vie quotidienne. Attention dénuée de toute nostalgie pour les murs usés de ces espaces désuets, dont la tonalité carcérale surgit au détours de quelques plans violents, saccadés. Et alors que peu à peu, dedans, les espaces se vident, vouant à la disparition des ultimes traces des vies passées, et que dehors la destruction fait rage, murs détruits, arbres arrachés dans le fracas des tronçonneuses, on voit ces corps prostrés, têtus dans leur mutisme. On l’a compris, des arbres qu’on abat à ces derniers hommes, Quentin Bordier nous convie à déplacer notre regard au-delà de toute compassion pour, comme le titre évoquant Murnau le suggère, nous souvenir d’une humanité qui est aussi la nôtre”.

Nicola Féodoroff, programmateur du Festival International du Documentaire de Marseille – texte paru dans le programme de la 24ème édition 2012.

Il y a longtemps, j’ai dit que l’art n’est pas la réalité.  Que l’art est un commentaire sur la réalité. Que la réalité ne peut pas se considérer en tant que ”faite”, si il n’y a pas ce commentaire. Je considère ce commentaire en tant que plus réel que la réalité elle-même. Car, justement, ce commentaire révèle tous ces processus secrets – aussi bien qu’essentiels – qui reproduisent sans cesse la réalité émotionnelle de l’homme. Et c’est cette réalité dont l’art parle en principe ; Et c’est cette réalité par laquelle l’homme existe. Je me réfère à cet art qui parle de tout ce que l’homme peut exprimer.  Mais avant tout, de tout ce que l’homme ne peut pas exprimer.”

George Cheimonas, écrivain Grec

Et si quelqu’un te demande un jour, pourquoi vous avez fait un film avec des “fous”, tu pourras dire: parce qu’ils sont les seuls qui peuvent vraiment parler de l’homme. Pourquoi ? Parce qu’ils sont frontière, parce qu’il portent sa limite et point. “Les fous” sont enfin les seuls acteurs capables de parler de cela. Et que tu avais besoin de bons acteurs pour parler de l’homme! “

Maria Kourkouta, monteuse du film –mail du 19 août 2011

English

A violent wind generates the images. The atmosphere is air tight. Silent bodies in front of the mirror. The ritual of small repetitive gestures opens the scene at the hairdressers. In an unpredictable and  fragile present, the traces of a past world hussle themselves within carved faces.The storm quiets itself. A slow lethargy takes over everyday life: some people are eating, singing, playing, some are walking in the sculpted out spaces. These lives are silenced by slowly sinking into the ordinary world, bodies swinging themselves at the gates of deep sleep.

Then, one day, humanity wakes up and crosses over to the exterior side. Armed with wise gestures and precious postures, they watch with a smile an uneasy world falling apart. The event has already taken place. The last men are standing straight as trees, eternal survivors witnessing the disaster of the absent world within the world. From this consistant and unchangeable absence, these last men save the images.”

Nikki Giannari

The setting: a mental hospital in Evreux on the eve of its demolition. By way of introduction, a quick and sharp track-out through a window, as a foretaste of what is coming: a journey from outside to inside, carried along by the wind.
Reshuffling the cards by disconnecting pictures from sound, edited with partial synchronisation, Quentin Brière Bordier focuses on the sounds of material life. The snapping of the barber’s scissors, the purring of an electric shaver, the clinking of cutlery, as so many sound presences magnified by gorgeous black and white. Devoid of words, the film departs from testi- monies and rather pays close attention to faces and the ritualized gestures of daily life. Such scrutiny is absolutely devoid of nostalgia for the dilapidated walls of these outdated rooms, whose prison-like nature is expressed through a series of violent, jerky shots. And while inside, the facility is slowly getting empty, condemning the last remains of past lives to vanish, and outside destruction is raging – wrecked walls, trees rooted out to the sound of thunderous chainsaws – we catch a glimpse of prostrate, stubbornly silent bodies. Obviously, from fallen trees to these last men, Quentin Brière Bordier invites us to shift our gazes beyond compassion in order to – as the title inspired by Murnau suggests – remember a humanity which is also ours.”

Nicola Féodoroff, International Documentary Film of Marseille (FID) programmer – published in the booklet of the 24th edition 2012.

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